18 août 2009

la révolte

Fraîchement diplômée par le Ministère de la Santé afin de contribuer au maintien à domicile des personnes dépendantes....

J'ai trouvé du travail tout de suite, bien sûr en période estivale les absences sont nombreuses et comme j'ai précisé accepter tous les remplacements afin de me faire une idée du métier je suis tout de suite embauchée.

De 8 h à 18 h 45 : je roule de femmes en hommes, de maisons en appartements, me frayant un chemin au travers des touristes : papillons indécis butinant sur mes routes encombrées, il fait 37° dans ma voiture : le temps d'intervention ne suffit pas à la refroidir entre deux voyages, le temps du voyage ne permet pas à la clim de rafraîchir mon front transpirant.

Mais commençons par le commencement :

M. 89 ans, je la connais déjà ayant effectué mon stage chez elle -entre autres- petite personne au caractère fort, très seule, ayant refusé tous les aménagements de son petit appartement au confort sommaire.

Elle m'attends dans la petite véranda où a du la laisser l'aide-soignante ce matin : il fait déjà très chaud il est 11 h. Elle est très couverte, a posé une serviette sur sa tête.

"tu viens me faire à manger hein ? dis, plus personne ne vient me faire à manger, j'ai faim"

Je suis un peu surprise, logiquement quelqu'un intervient tous les jours, une fois en fin de matinée, une fois pour le repas du soir.. j'ouvre le frigo : immonde. Des oeufs cassés, répandus sur les étagères,  de vieux restes de nourriture séchée. Je regarde autour de moi : déjà l'odeur m'avait alertée, mes yeux confirment mes craintes : la poubelles déborde de protections souillées, des traces de nourriture collées au sol, la salle de bain taggée d'un joli marron foncé, les draps de lit puant, souillés, la chambre poussiereuse... je m'assierais si je n'avais pas peur de me contaminer !!!

j'ouvre le placard et pare au plus pressé : boîte de raviolis. Pendant qu'elle chauffe je nettoie la cuisine afin que M puisse déjeuner en paix....

Pendant qu'elle mange je nettoie, je frotte, je lave, je désinfecte : j'ai les larmes aux yeux, de dégoût, de révolte, de pitié, de honte.

Dans la buanderie le linge sale pue et déborde : je lance une machine...

M a fini, je lui donne la pêche que j'avais prévue pour mon dessert. Elle me regarde m'activer, elle sourit et me demande à plusieurs reprises : tu as fait mon lit ? jusqu'à ce qu'un éclair de lucidité me fasse lui répondre : "oui j'ai changé les draps", à la place du "oui bien sur M" qui ne la rassurait pas plus que ça....

La maison est propre : j'ai passé deux heures à nettoyer au lieu de discuter, de promener, de deviser, de déjeuner avec elle : le cahier de liaison est vierge depuis le départ en vacances de son avs habituelle. Je me défoule "maison sale ++++" à quoi ça sert ???

Avant de partir je décongèle du poulet pour demain...

J'appelle l'assos : il faut faire des courses... "on" me répond que le nécessaire sera fait demain, "on" est très étonné, "on" pensait qu'il restait des provisions. Je ne parle pas de l'état de la maison : je sais très bien que même si elles me croient, elle pensent que l'hygiène c'est "subjectif"....

M repart sur sa véranda dont j'ai ouvert les fenêtre, j'ai retrouvé son chapeau toujours plus efficace que la serviette qu'elle avait mis, j'ai rafraîchi le sol à grande eau.

Je m'en vais soulagée, satisfaite et écoeurée : comment peut-on se respecter en laissant un tel chantier derrière soi, et un être humain abandonné, affamé, desespérément seul ?

Premier jour, première heure...





Posté par superavs à 07:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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